Les débuts de l’œuvre du Bocage

1867 - Le choléra se déclare à #Chambéry; en quelques jours l’épidémie a fait des centaines de victimes, jetant à la rue des orphelins par dizaines ;

douane douane  097 097  

 

Chambéry  1867 : l’épidémie de choléra  a sévi durement depuis août ; des familles entières sont décimées, et des enfants, des fratries entières parfois, réduits à l’état d’orphelins. Camille, assisté de l’abbé Chenal, cherche à loger les premiers enfants recueillis. Le comte Ernest de Boigne a offert de lui louer le bâtiment de l’ancienne douane qu’il possède en limite de Buisson-Rond. Fin novembre, Camille et l’abbé Chenal viennent visiter les lieux, dont l’accès, à l’époque, se faisait par l’actuelle rue de la Cardinière, entre deux hauts murs que longeait un petit bras de l’Albanne, rejoint à cet endroit par le ruisseau des Charmettes.

 

Comment ne pas être séduit par l’esprit des lieux :le bâtiment était suffisamment large et convenable ; un terrain s’étendait sur l’arrière jusqu’au chemin du Colombier (l’actuelle rue Costa de Beauregard) et pouvait servir de jardin ; au-delà des jardins et des bois… Le cadre bucolique de cet endroit, qui a certainement contribué à ce que l’on nommât ce quartier « Le Bocage », en aurait séduit plus d’un. Le propriétaire leur fit le meilleur accueil et leur proposa, dans un lettre datée du 7 décembre, un location pour dix-huit ans.

Cette offre fut le coup de pouce pour la nouvelle orientation de Camille : il sera désormais le « père des orphelins » et sacrifiera sa vie et sa santé à cette charge. Les premiers mois de 1868 sont consacrés à la constitution de l’œuvre. Camille consulte autour de lui, demande conseil. Le comte de Boigne est très présent et paie les frais. « Je suis heureux que cette œuvre de Dieu nous mette en rapport », dit-il à Camille, « elle est bien vôtre ; je n’en ai eu ni la pensée première, ni n’en aurai le souci ; vous aurez la plus grande part dans sa direction et dans son entretien. Que Dieu vous en récompense » (lettre du 4 décembre 1867, cf P. R.Fritsch).

Le comte ne tardera pas à transformer la location en donation ; celle-ci fut signée le 11 mars 1868.

Dès le moi d’avril, une dizaine de jeunes garçons de 6 à 13 ans sont hébergés dans la nouvelle maison ; à la fin de l’année ils sont 21, ils seront vite plus nombreux.

Camille fait appel aux Frères des Ecoles chrétiennes pour s’occuper d’eux dans la journée et les instruire.

 

Un fait providentiel a marqué l’accueil de l’un des premiers orphelins au Bocage : c’était un élève de Don Bosco, le grand prêtre éducateur de Turin, fondateur des pères salésiens qui allaient succéder plus tard aux Costa dans l’œuvre de Chambéry. Il s’agissait d’un certain Victor Berthollier (1855-1928), né à Chambéry mais emmené à l’âge de cinq ans dans la capitale du Piémont par ses parents et confié à Don Bosco qui lui fit faire sa première communion. Revenu avec sa mère à Chambéry dans un situation de grande détresse familiale, le jeune Victor fut recueilli par Camille, le 15 avril 1868. Premier élève du Bocage, il apprit le métier d’horticulteur et devint chef de culture à La Villette, puis à l’orphelinat des Marches que créera le fondateur avec sa sœur Alix.

 

Un des premiers chantiers importants, en cette même année 1868, fut le début de la construction d’une chapelle, ainsi que la surélévation du bâtiment d’un deuxième étage. Le coût des travaux fut assuré par sa mère. Le prieur de la Grande Chartreuse, informé par l’abbé Chenal des débuts de l’œuvre, apporta également une aide financière pour cinq ans. Ce fut le début d’une longue solidarité entre les Chartreux et le Bocage.

Le 18 novembre, après une année et quelques mois de prêtrise, Camille fut honoré par Monseigneur Billiet du titre de chanoine de la cathédrale de Chambéry, alors très envié et admiré. Le jeune prêtre, âgé d’à peine 28 ans, ne fera jamais étalage de cette distinction, à tel point que même certains de ses proches ne l’apprirent que bien plus tard.

En peu de temps, Camille avait jeté les bases de l’œuvre du Bocage à laquelle il se consacrera entièrement. Certes, tout ne fut pas simple, ni idyllique, mais le fondateur devait déjà, avec son fidèle abbé Chenal, se préparer à affronter les difficultés qu’il avait le talent, nous le verrons, de si bien anticiper.

 

Article de Gabriel Tardy paru dans le cadre de la série sur la famille Costa de Beauregard, dans le Journal du Diocèse de Chambéry.