Le marquis Albert Costa de Beauregard, un personnage aux multiples facettes.

Un personnage aux multiples facettes, ce marquis Albert Costa de Beauregard, notamment un écrivain à la plume alerte!

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Une éducation vers les belles-lettres

Marie Charles Albert Costa est le frère aîné du Vénérable Camille dont la Cause progresse à Rome. Il voit le jour le 24 mai 1835, au château de La Motte Servolex (actuel château Reinach). Ses premières années sont marquées par l'éducation stricte, voire sévère, de sa mère; le père, Pantaléon, est souvent absent de par ses engagements politiques. Avec les frères qui naîtront après lui, il bénéficie de la présence d'un précepteur particulier, l'abbé Favre, à qui ils en font voir de toutes les couleurs. Passé, ensuite, par le collège des Jésuites de Brugelette, en Belgique, il acquiert une solide formation littéraire. Très tôt, comme toute la famille, il s'initie à diverses formes d'arts; mais, à la suite d'un séjour à Rome, c'est vers la sculpture qu'il se tourne avec bonheur. Je ne signalerai ici que sa première œuvre : "un groupe d'enfants jouant avec un chien".

Une solidarité sur le terrain

A La Motte, le marquis Pantaléon a créé une compagnie de pompiers d'une trentaine d'hommes, pour venir au secours des pauvres gens victimes, en particulier, de graves incendies. Lui-même en est le capitaine et ses lieutenants sont trois de ses fils: Albert, Josselin et Camille. La presse locale ne tarit pas d'éloges après chacune de leurs interventions.

Un marquisat à assumer

Albert se marie en 1860, le 17 avril, à Paris, avec mademoiselle Marie-Emilie Pourroy de Quinsonas de Lauberivière, dont le père s'était lié d'amitié avec la marquis Pantaléon. Lui, "l'étranger", épouse une française et, qui plus est, une parisienne qui lui donnera deux enfants. Quatre ans plus tard, le décès de Pantaléon va changer son destin. Il hérite du marquisat et se doit d'en assumer les responsabilités, tant vis à vis des habitants de La Motte que des Savoyards. Il se retrouve alors Conseiller Général à la suite de son père.

Une troupe à diriger

Mais voilà qu'éclate la "guerre de 70". L'armée d'alors peut compter sur un contingent régulier et sur une Garde Mobile. Les "Mobiles de Savoie" étaient des jeunes gens sans expérience qu'il fallait rapidement équiper et instruire. Le préfet s'adresse au marquis Albert en ces termes: "Il me semble que, quoique ne comptant pas beaucoup d'années de service militaire, vous pouvez accepter ce commandement, si vous ne craignez pas trop le dérangement qu'il causera dans votre vie".

Albert, qui tient à faire honneur à la famille, prend donc la tête de ce régiment de plus de 1300 hommes. Il racontera plus tard cette vie de soldats, ballottés de droite et de gauche, selon les ordres et contrordres de chefs qu'il juge incompétents, les revers subis, les longues marches, les nuits à la dure, sa blessure au pied, enfin, à la bataille de La Lizaine, à Béthoncourt où, ne pouvant plus marcher, il sera fait prisonnier, soigné et déporté en Allemagne. Sa femme, qui parle la langue de Goethe, le rejoint à Karlsruhe où elle négociera sa libération.

Un député tous azimuts

Car, en 1871, Albert, encore prisonnier, est élu comme Député de la Savoie. Sa libération lui permettra donc de rejoindre Bordeaux où siège alors le Parlement. Le soldat devient homme politique. La chambre des députés revenue à Versailles, pendant quatre ans le marquis, royaliste convaincu ( il fait partie de la droite légitimiste), multiplie les démarches et les manifestations à la Chambre pour le rétablissement de la royauté. Peine perdue! C'est la République qui va resurgir en 1875. Il est déçu mais pas amer, respectueux du verdict des urnes. Pendant son mandat, il accomplit des missions diverses: il est nommé secrétaire de l'Assemblée; il est un acteur majeur dans la rencontre et le mariage du duc d'Aoste, filleul du duc d'Aumale, (qui aurait pu prétendre au trône) avec la princesse Hélène d'Orléans qui lui écrivait ensuite: "Cher Monsieur Costa, jamais je n'oublierai combien vous vous êtes occupé de mon bonheur". Il fait partie d'une délégation envoyée à Rome près du pape Pie IX. Ses talents de négociateur et son franc-parler le font apprécier du maréchal Mac Mahon lui-même qui le consulte à plusieurs reprises sur des choix importants.

Un historien curieux des moeurs et des âmes

Quittant la politique, en 1875, c'est avec enthousiasme qu'il aborde un nouveau volet de sa vie, son oeuvre littéraire. Il s'intéresse d'abord à l'histoire de sa famille et il publie en 1878 "Un homme d'autrefois: Henri Costa" (son arrière grand-père). Dix ans plus tard, il commence une trilogie consacrée à l'enfance, au règne et à la fin de règne du roi Charles Albert. C'est ce dernier qui lui avait donné son prénom et avait accepté, par amitié pour Pantaléon, d'être son parrain.

L'oeuvre historique d'Albert Costa, à part deux ouvrages de moindre importance, porte sur le temps de la Révolution. Raoul Naz, dans le livre qu'il a consacré au marquis, estime que les "Souvenirs tirés des papiers du comte de la Ferronays" (1900), au point de vue littéraire, est peut-être la meilleure de ses oeuvres. Il illustre son propos par une citation extraite de la réponse au discours du général Langlois, reçu à l'Académie Française en remplacement du marquis: "Il fut un historien exact et scrupuleux, diligent collectionneur de petits faits significatifs, ayant le sens très précis des caractères et des moeurs, dessinant et coloriant le portrait de main de maître, le tout d'une manière vive, preste, hardie, un peu brusque et qui sentait son gentilhomme fermier et montagnard. Rien de moins apprêté, de moins surveillé, de moins concerté. On sentait qu'une fois très fourni et très armé de documents, à partir du moment où il avait pris la plume de rédacteur, il avait écrit de verve et d'entrain, comme il parlait, comme s'il eût parlé; nulle histoire, peut-être, où il y ait plus de préparation et moins d'apprêt". Henri Bordeaux a écrit à son sujet: "Le marquis Costa bornait son ambition à la biographie. Il était plus curieux des moeurs et des âmes que des événements... Il se plaisait davantage à mettre en relief les beaux côtés de l'humanité... Il déployait un art infiniment délicat pour pénétrer jusqu'au fond le coeur de ses héros". (Le marquis Albert Costa de Beauregard p.147)

L'écrivain à la plume alerte, documenté,sérieux et rigoureux savait aussi s'adonner à une écriture plus légère. On a gardé de lui ce poème: "Il en est de l'Amour", immortalisé par la musique d'Isaac Albéniz. (Version chantée sur internet).

Un académicien très prisé

Le talent de (Charles) Albert Costa était fort apprécié du monde littéraire. C'est ce qui lui valut de siéger très tôt à l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie (1865) et même d'en être le Président de 1887 à 1889. Après avoir été lauréat du prix Monthyon (1878), décerné par l'Académie Française, il fut compté parmi ses membres en 1896. C'est au fauteuil n° 32 qu'il siégea parmi les Immortels, en lieu et place de Camille Doucet. Notons que deux sièges étaient à pourvoir et que c'est Anatole France qui fut élu au second. Dans cette auguste assemblée, la présence (trop rare) du marquis était très prisée: "Quand il venait, quelle bonne humeur, quel entrain, quelle verve joyeuse, quelle bonne camaraderie, que de bons mots qui n'étaient pas méchants et qui étaient bons cependant, chose assez rare"! "Sa vue seule réjouissait déjà" dit un de ses pairs. Sa notoriété lui valut aussi d'être membre d'honneur associé de l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Lyon. Il fut aussi élevé au grade de Chevalier de la Légion d'honneur.

Un coeur altruiste

Mais il est une dernière facette de cet homme si méconnu, qu'il partage avec son frère Camille et sa soeur Alix (soeur Mélanie). Comme eux, il a hérité de son père une foi à toute épreuve et une charité sans borne; déjà en Savoie, dans sa jeunesse, à La Motte, puis à Paris où il s'implique dans diverses associations caritatives. Il est membre actif de "l'Office Central des Oeuvres de Bienfaisance" et de " l'Oeuvre du Bazar de la Charité". Très influencé par les "settlements" anglais (mouvement social libéral), il publie, en 1896, un article intitulé: "L'oeuvre sociale en Angleterre". Il devient alors Président du "Comité de Patronage de l'Oeuvre Sociale de Popincourt", jusqu'à la dissolution de celle-ci en 1900.

Dans l'intimité des vrais amis

Tant d'activités viennent à bout des plus solides. A la mort de son père, il avait hérité de la propriété de La Motte. Il va s'en séparer pour acquérir l'île de Port-Cros, dans le Var. Il y accueille ses amis écrivains. Monsieur de Vogüé y écrit "Jean d'Agrève"; Paul Bourget y consacra une de ses plus belles "Voyageuses"; Henri Bordeaux dit lui devoir "La Voie Sans Retour". "Je lui dois surtout, écrit-il, d'avoir mieux connu l'homme qui m'honorait de sa haute amitié. Dans cette solitude de Port-Cros, il s'épanouissait comme s'il respirait mieux loin de l'agitation humaine..."

Dans le voisinage du Bon Dieu

La fin de sa vie approchant, Albert Costa va délaisser l'"Ile d'Or" pour revenir à Paris. De sa maison, face à l'église Saint François Xavier, il dit alors: "Ce qui me décide (pour le choix de cette demeure), c'est le voisinage du Bon Dieu, car je ne m'installe plus maintenant pour vivre, mais pour mourir". Le 15 février 1909, il s'éteignait après une pénible maladie. Emmanuel Dénarié écrivit alors: "Sur son lit de repos, mes yeux l'ont contemplé longtemps: son front semblait avoir gardé une grande pensée, et, dans sa majestueuse immobilité, sa tête portait ce masque de belle audace du gentilhomme et du croyant qui jette le défi à la mort. Il venait d'entrer dans la vie"

 

Article du Père Paul Ripaud, paru dans le cadre de la série sur la famille Costa de Beauregard, dans le Journal du Diocèse de Chambéry.