Soeur Melanie Du côté de Camille : sa sœur, Alix Costa de Beauregard (Sœur Mélanie) - partie 3

Découvrez qui était Alix, la sœur de Camille Costa de Beauregard

le Mardi 01 juin 2021

Chateau des Marches 2 Chateau des Marches 2  

Un héritage qui arrive à point

Soeur Mélanie aurait bien aimé être nommée à la Communauté des Filles de la Charité du Bocage pour travailler aux côtés de son frère à l’éducation des enfants. Mais ce privilège lui fut refusé par ses Supérieurs.
En revanche, une opportunité allait lui être offerte, de s’installer à une distance assez proche du Bocage. Après avoir reçu en héritage, "le Domaine des Marches", elle fut autorisée à y fonder un orphelinat pour filles.
Le terrain, resté en friches depuis des années, devait être nettoyé, travaillé, et débarrassé des serpents qui s’y trouvaient en abondance. Le château devait être réaménagé pour être plus fonctionnel : création de classes, d’une infirmerie, d’un réfectoire et d’un dortoir.
La grande salle de réception, apparemment inutile, pourrait servir de cour de récréation en hiver et de salle polyvalente de loisirs. Le salon pourrait devenir une chapelle. Malgré mille difficultés, grâce à son esprit d’organisation, son énergie de battante, et grâce aussi à l’aide pécuniaire et morale de Camille, elle arriva à mener à bien toutes ces transformations.

Une prière confiante

Sr Mélanie pouvait aussi compter sur l’aide financière de sa mère. Comme ce jour où, ayant un besoin urgent d’une somme importante, elle s’était agenouillée avec une de ses enfants devant le tabernacle de la chapelle pour la demander au Seigneur. A leur sortie, sa mère dont la visite était inattendue entrait dans la maison avec une enveloppe contenant la somme exacte qu’il lui fallait.
Autre preuve de sa foi : après avoir contracté la typhoïde avec deux de ses religieuses, elles avaient été subitement guéries toutes les trois, après de ferventes prières à Marie. Mais Sr Mélanie allait en garder des séquelles à vie. Trop affaiblie pour marcher, elle devait se soutenir avec des béquilles et même, utiliser un fauteuil roulant.
Sans être totalement remise et en acceptant son handicap, elle était allée remercier la Vierge, à Notre-Dame de Myans. Mais il lui arrivait parfois, de déplorer ses difficultés à se déplacer, en disant : "Ah ! si j’avais mes pauvres jambes ! ".

Un accueil du fond du coeur

Dans les premiers temps de l’orphelinat (1883), Sr Mélanie avait recueilli une douzaine d’enfants de tous âges. Mais, confrontée à de graves problèmes liés à l’atavisme de certaines, elle avait fixé l’âge d’admission à sept ans, imitant ainsi son frère au Bocage.
Comment se passait l’accueil d’une nouvelle venue ? Sr Mélanie l’accompagnait dans la chapelle pour la présenter au "Maître de la maison" puis elle lui disait : "le Sacré Coeur règne ici sans partage.
C’est à lui qu’il faut confier toutes vos peines, à moi ensuite, si vous m’en jugez digne." Puis elle la présentait aux religieuses, au personnel et à ses futures compagnes.
Sr Mélanie savait deviner les sentiments les plus secrets de ses filles comme l’atteste ce témoignage : "Plus d’une fois, j’entrais chez elle bien décidée à garder pour moi un aveu qui m’étouffait. Mais, de prime abord, je me sentais devinée jusqu’au fond de l’âme."

Un apprentissage performant

Chaque nouvelle orpheline allait suivre le parcours habituel : enseignement primaire jusqu’à une dizaine d’année. Ensuite elle participait aux divers apprentissages susceptibles de lui être profitables dans un milieu exclusivement rural : ménage et tenue d’une maison, soins aux bêtes de l’étable et de la basse-cour, transformation du lait en crème, beurre ou fromage, aide aux vendanges. Le tout, dans des conditions optimales de propreté et d’équipement en matériels les plus performants. Au fil des ans, soeur Mélanie avait ajouté de nouvelles activités : une confiserie, une parfumerie et une infirmerie où étaient soignées non seulement les orphelines, mais aussi tous les gens qui le souhaitaient.

La charité des oreilles

Sr Mélanie maintenait un contact permanent avec chacune de ses orphelines. En raison de son handicap, elle s’était fait construire une petite maison de plain-pied accessible à son fauteuil mécanique.
La porte était toujours ouverte à ses filles qui venaient régulièrement lui faire leurs confidences, et lui dévoiler leurs chagrins. Elles en partaient consolées, joyeuses et sereines, Cette même charité, elle l’exerçait aussi envers les personnes qu’elle
recevait ; elle veillait alors à contrôler ses gestes et sa physionomie, car elle disait qu’une expression distraite ou une réponse brève ou indifférente, ou encore un regard furtif à la pendule suffisent à déconcerter, sinon à glacer celui qui parle. Autant de signes les avertissant que l’audience touche à sa fin et qu’elles deviennent importunes. Pour justifier un tel comportement à ses soeurs, elle leur dit un jour après avoir reçu un visiteur : "si vous étiez malheureuses, n’aimeriez-vous pas que l’on vous accueille bien ? Je ne prétends pas avoir consolé ce pauvre homme, mais je l’ai écouté et c’est beaucoup pour qui est affligé."

Soeur Melanie avec les orphelins Soeur Melanie avec les orphelins  

L’affection d’une mère

Si Sr Mélanie n’hésitait pas à reprendre une soeur ou une enfant ayant commis quelque négligence, elle savait être douce et indulgente devant les faiblesses.
Cette affection maternelle se traduit dans le témoignage d’une ancienne, bien après sa mort. C’était une de ses premières orphelines devenues religieuse : "Je ne remercierai jamais assez le Ciel d’avoir mis une telle mère sur ma route. Après des années, elle reste le plus doux, le plus tendre, le meilleur à tous les égards de mes souvenirs. Et quand je souffre, je lui demande le secret pour supporter ma peine."

Les bras toujours tendus

Ce témoignage en rejoint bien d’autres attestant que les liens entre la Mère et ses filles perduraient bien après leur départ. Bien souvent, une ancienne avait été surprise dans son bureau, le front tendrement posé sur ses genoux. D’autres revenaient la voir, après un temps d’absence, ne sachant quelle attitude arborer. A chacune d’entre elles, Soeur Mélanie tendait les bras en lui disant : "Te voilà enfin ! J’avais tant prié pour toi ! J’étais sûre que tu viendrais ma pauvre petite ! " Un comportement si maternel entraînait la confidence et la visiteuse consolée retrouvait joie et sérénité.


Françoise Bouchard